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02/06/2011

La Fontaine des Caraïbes (ou quelque chose de ce genre...)

Ecrire des critiques de film, ce n'est pas tellement différent des articles politiques : on parle de la même chose que tout le monde, en considérant que son avis personnel est important, et qu'on peut subtilement influencer autrui parce que cet avis est forcément des plus éclairés puisque c'est le nôtre. Mais passons... 

Le synopsis officiel pour commencer :

Pirates-des-Caraïbes-la-Fontaine-de-Jouvence.jpg

Dans cette histoire pleine d’action, où vérité, trahison, jeunesse éternelle et mort forment un cocktail explosif, le capitaine Jack Sparrow retrouve une femme qu’il a connue autrefois. Leurs liens sont-ils faits d’amour ou cette femme n’est-elle qu’une aventurière sans scrupules qui cherche à l’utiliser pour découvrir la légendaire Fontaine de Jouvence ? Lorsqu’elle l’oblige à embarquer à bord du Queen Anne’s Revenge, le bateau du terrible pirate Barbe-Noire, Jack ne sait plus ce qu’il doit craindre le plus : le redoutable maître du bateau ou cette femme surgie de son passé…

Il ne faut pas s’attendre à un chef d’œuvre ou à une grande claque dans la figure, comme pour le premier opus, mais si l'on est pas trop exigent ou intellectualiste coincé, c’est un agréable moment de cinéma familial, sans temps mort, où le fantastique ne se fait pas trop envahissant (voire trop discret peut être...) L’histoire suit de manière jouissive le chassé-croisé entre pirates, britanniques et espagnols pour trouver la fameuse fontaine. 

L'intrigue principale a été inspirée, une fois n'est pas coutume, pas un ouvrage historico-fantastique de Tim Powers, On stranger tides (tragiquement traduit en français par Sur des mers plus ignorées). je ne saurais dire ce que  cette "inspiration" apporte au film, mais cela m'a donné envie de lire cet ouvrage.

A niveau visuel, le film commence à Londres plutôt qu’à Tortuga ou dans les Caraïbes, ce qui offre un contraste nouveau et rafraîchissant. Les décors finaux sont superbes. J’ai trouvé le Queen Anne’s Revenge, le bateau de Barbe-Noire, superbe mais un peu forcé sur le « macabre » - dans le style : prenez le Hollandais Volant, remplacez le thème « poissonnerie » par «vaudou, sang et squelettes »... Je n’ai pas été non plus conquise par la musique : beaucoup de remplois du 1 et du 2, juste un nouveau thème pour Barbe Noire, qui n'est hélas pas inoubliable, et une ambiance sonore planante pour les sirènes qui se transforme progressivement en une mélodie violente aux accents menaçants. La nouveauté réside dans les thèmes espagnols à la guitare de Rodrigo et Gabriela mais s'ils trouvent leur place dans l'ambiance sonores, ils deviennent assez lassants à l'écoute...

Les bons points du film résident principalement dans les personnages :

Jack Sparrow tout d'abord ! Johnny Depp est revenu à un jeu un peu plus sobre. On retrouve un Jack proche de celui du premier opus, qu’on est libre d’apprécier (parce que dans Jusqu'au bout du monde, il devenait si envahissant de cabotinage qu'on regrettait presque que le kraken ne l’ait pas tout simplement digéré…). Et il y a assez de fortes personnalités autour de lui pour ne pas le laisser piquer la vedette à tous les autres. 

Joshamee Gibbs et ses magnifiques rouflaquettes… un personnage attachant d’ « honnête pirate » ! 

Angelina: une présence féminine d’une rare énergie, capable de tenir tête à jack, voire de lui voler la vedette, un personnage qui allie beaucoup de force et une touche de faiblesse qui la rend plus humaine.

Hector Barbossa : sans doute le personnage qui rafle le pactole ! Doté à présent d’une jambe de bois, devenu « corsaire de sa majesté » mais toujours ce pirate grandiose, impitoyable et cynique que l’on ne parvient pas à totalement détester. Les moments qu’il partage à l’écran avec Jack sont parmi les meilleurs du film. Plus que jamais, Geoffrey Rush est prodigieux de présence et de charisme. 

Au niveau du « peut mieux faire » (et attention ici aux légers spoilers) : 

Barbe Noire, plus vieux renard amoral que le pirate maléfique et charismatique qu’on nous annonçait. L’acteur n’habite pas réellement le rôle, ce qui est dommage car une telle figure aurait dû s’imposer bien au-delà de sa première apparition...

L’histoire d’amour entre le pasteur – un peu trop falot sans doute – et la sirène : par son côté à peine ébauché et son intégration un peu chaotique dans le récit. Le nom de « Sirèna » a fait glousser toute la salle !

Mais enfin, je peux considérer que ma visite biannuelle au cinéma n'a pas été perdue... 

25/04/2011

Poe... ou prou

Le choix de mes lectures manque de véritable logique et se trouve le plus souvent dicté par ce que contient ma tablette tactile. C'est ainsi que je suis (re)tombée sur Ligeia, l'un des plus célèbres contes fantastiques d'Edgar Poe, daté de 1838. Cette nouvelle connaît une telle célébrité qu'il ne reste sans doute plus grand chose à dire d'original sur la question.

Ma première lecture des oeuvres de Poe remonte à l'adolescence : on m'avait remis les Histoires extraordinaires avec prudence, en m'avertissant qu'il s'agissait de la quintessence de l'horreur. Je me souviens ne pas avoir été jusqu'au bout... non par malaise, mais par lassitude. Il y avait quelque chose d'étrangement répétitif, de dramatiquement simpliste dans ces récits qui malgré toute l'ambiance que l'auteur parvenait à insuffler, me semblaient manquer quelque peu de chair sur les os, dès que les premières impressions commençaient à s'effacer.

200px-Ligeia-Clarke.jpgLa relecture de Ligeia m'a un peu confortée dans cette idée : certes, avec plus de recul, je me découvre plus de sensibilité pour les références littéraires (la dualité "scottienne" entre la brune cabbaliste rhénane Ligeia et la blonde jeune fille de bonne famille nommée... Rowena) et l'aspect lié au délire opiomane du narrateur me semble plus évident. Enfin, une lecture en version originale permet de prendre une meilleure mesure du style de l'auteur : en bref, de lire du Poe et pas du Baudelaire. 

Pour ma part (et je semble suivre en cela certains critiques "sérieux" de l'oeuvre), je ne peux m'empêcher de remettre en cause l'existence même de Ligeia. Son nom n'est-il pas celle d'une sirène grècque de l'antiquité... filles des muses ? Le narrateur a tout oublié du nom de famille de Ligeia et des circonstance de leur rencontre ; même son apparence à quelque chose qui, en quelque sorte, défie la carnalité. 

Muse illusoire dont la présence, puis l'absence et enfin l'étrange retour envahit toute la réalité du narrateur ? L'absence de réconfort, de conclusion marquée, de perénnité de l'image finale évoque une fois encore vers une plongée dans le délire. 

Le soucis, c'est que j'ai un peu l'impression qu'une partie des récits fantastiques de Poe répond à un schéma similaire, en équilibre précaire entre une réalité surnaturelle et un gouffre d'illusion et de folie. Il faudra que je tente de me familiariser avec ses écrits moins connus, en espérant pouvoir en trouver un qui m'offrira un regard réellement neuf.

A télécharger en format epub sur ePubBooks.

13/03/2011

Les Trois Empires : un nouveau projet (encore un !?)

Peut-être est-ce le fait d'avoir replongé dans le XIXe siècle avec Le Premier Cercle, de tourner autour de la Belle Epoque avec Under a Steaming Moon, ou d'avoir trouvé  d'autres auteurs qui s'inspirent de ces périodes, mais je me retrouve à couver un nouvel oeuf dans mon nid déjà surchargé...

Les Trois Empires ne sont que vaguement définis, mais j'ai déjà envie de m'y plonger !

Le monde d'Handensel se divise entre les Ilandes, îlots de terre urbanisés où se développent des villes tentaculaires qui s'étendent vers le ciel et la mer, et les Filders, des terres cultivables où se sont implantées de vastes fermes. Ces  espaces isolés les uns des autres sont cernés par les Nebelranques, ces barrières de brume épaisse dans laquelle disparaissent les sens et la volonté. Au delà, s'étend le territoire inconnu de  l'Unnon. Trois Empires, Calice, Sax et Erde, fédèrent ces petits bouts de monde.

Pour joindre ces implantations, on emploie des Rodes, des chemins balisés empruntés par les Pilotiers. Ces derniers sont recrutés parmi les Sundeurs, les rares personnes qui ne sont pas perturbées par le Nebel. Cinquante ans plus tôt, après la mystérieuse destruction d'une Ilande, la guilde des Pilotiers a détruit sa rivale, la guilde des Exploreurs qui seule savait ouvrir de nouvelles Rodes.

A présent, la pression démographique et le manque de ressources se fait sentir dans les terres habitées. Les Trois Empires sont sur le point de se livrer une terrible guerre de subsistance.

Comme tous les Exploreurs, Earnest Clarvasseur n'a jamais fondé de famille. Mais comme le voulait aussi la coutume secrète des siens, il a engendré des enfants pour que ne soit pas perdu l'héritage Sunder des Exploreurs.  A ses trois petits enfants, le Calicien Aloysius Blancherive, l'Erdiane Cornelli Blaubrunnen et le Saxien Nigel Deepriver, il lègue quelques un de ses secrets... et plus encore.

J'imagine déjà trois grandes parties (pour commencer) : L'héritage des Exploreurs, La Rose des Vents et Au cœur du Nebel. tous les détails du monde ne sont pas encore fixés - je vais encore construire sous mes pas - mais les personnages commencent à vivre en moi : Framke, la rousse orpheline, notamment. Aloysius avec ses boucles noires, et le blond Nigel, un peu trop fier d'être un cadet de la Garde Saxienne, et puis la jolie Cornelli...Je vois les vaisseaux aux allures de zeppelins qui sillonnent le Nebel.  Je ne sais pas encore ce qui se cache au coeur de ces brumes... mais ça viendra !

05/03/2011

The Island of Dr Moreau : réflexion générale

Quand j'ai tourné (façon de parler, compte-tenu du fait que je lis sur une tablette) les dernière pages, j'ai eu - il faut bien l'avouer - une certaine impression de "vide". Non que l'ouvrage soit creux, mais au final, il s'apparente plus à une fable, à un conte moral, qu'à toute autre chose. Le thème titille nos émotions, nos peurs profondes, mais le traitement quite rarement un registre académique, une tendance un peu lourde à la démonstration. Il faut certes se souvenir que cet ouvrage a été rédigé il y a plus d'un siècle, et que ces particularités sont typiques de l'époque, mais je dirais qu'en un sens, au delà du rationalisme typique du XIXe siècle, il présente un aspect désuet, très XVIIIe siècle, dans le traitement.

J'ai regretté de ne pas plus côtoyer la figure de Moreau, que nous ne rencontrons que que brièvement et superficiellement. D'un autre côté, ce côté lointain peut symboliser sa dérive loin de la société des hommes du fait de sa folie. Le narrateur sort rarement de son côté "personnage-prétexte", qui sert à la fois à témoigner et à introduire le déséquilibre d'où le désastre découlera. Un peu différent est le cas de Montgomery, l'assistant de Moreau. Personnage humain, faible, faillible, mais sans doute celui qui montre le plus d'humanité (même - et surtout dans ses faiblesses).

Certes, il est présenté comme un modèle d'avilissement de l'homme en raison de sa tendance à l'alcoolisme et de sa participation aux expériences répugnantes de Moreau, mais j'ai un peu tiqué quand le narrateur considère sa proximité avec certains des hommes-bêtes comme une forme de déchéance. Ce qui est révélateur d'ailleurs d'un propos confus, un peu caché derrière l'aspect "science sans conscience", qui mêle la critique du "civilisateur" et de la créature sauvage à la frontière de l'humanité, mais une frontière inconfortablement proche de la perception que les occidentaux de l'époque pouvaient avoir des populations dites "primitives". L'idée que cette tentative de civilisation forcée, imposée dans la douleur, a plongé ces créatures dans un avilissement pire que celui induit par leur condition animal d'origine n'est hélas que trop peu abordée. 

Autre sujet d'étonnement : un seul des hommes-bêtes semble porter un nom (M'Ling, le serviteur de Montgomery), alors qu'il paraîtrait logique que l'attribution d'une identité propre soit aussi important que la Loi imposée par Moreau sur le chemin de l'humanité. De ce fait, réduits à l'états de pauvres chimères, ils sont décrits par leur animalité (l'homme-singe, l'homme-paresseux, le sanglier-hyène, l'homme-léopard, l'homme-chien...) et non leur individualité. Jamais le point de vue d'une seule de ces créatures n'est vraiment exploré. 

Le constat final du narrateur, qui trouve dans l'humanité qu'il cotoie le reflet des hommes-bêtes, s'impose comme une évidence narrative.

Bref, une lecture intéressante, incontournable même, qui a le mérite de poser de bonnes questions, mais qui n'engage pour l'essentiel que la raison, pas l'émotion, même pas une émotion de type "humaniste", et que j'ai surtout trouvée bien plus ambigu qu'elle peut le paraître de prime abord. Etrangement, j'ai aussi brièvement songé que le film de 1996 n'était peut-être pas si mauvais, qu'il ne faisait qu'exacerber la folie en germe dans l'ouvrage. 

A un siècle ou presque d'intervalle, Startide Rising de David Brin, qui porte partiellement sur l'humanisation réussie d'espèces animales, serait un intéressant contrepoint. 

L'ouvrage peut être téléchargé en format epub sur le site EpubBooks, à cette adresse.

02/03/2011

The Island of Dr Moreau : au milieu de l'histoire

J'avais arrêté mes dernières réflexions juste avant que les choses ne s'excitent. Littéralement. Poussé à la panique par une supposition erronée (comme si la vérité n'était pas suffisamment sinistre), Prendick, le narrateur, prend la fuite et en vient à découvrir la société des hommes-bêtes. 

En plus d'un siècle, il y a sans doute de dizaines, des centaines de critiques qui ont analysé l'ouvrage dans tous les sens... Et n'étant pas une littéraire, ni une philosophe, je vais me garder de me lancer dans le déchiffrage d'une éventuelle parabole. J'en resterai donc au niveau de l'émotion, car c'est ce que les savants littérateurs ne traitent généralement que de façon superficielle.

Horreur, dégoût, répugnance et fascination, le tout baigné dans une ambiance hallucinée, surréaliste.

Bien entendu, ces pauvres créatures déformées, ignorantes, avilies par leurs instincts, parodies d'êtres humains jusque dans leur obéissance quasi-mystique aux règles instaurées par Moreau, reflètent la condition humaine : sommes-nous si différents quand on y réfléchit ? Néanmoins, encore une fois, je trouve que Wells ne leur a vraiment rien laissé. Aucune once de beauté ou de dignité... pas seulement parce que ce ne sont que d'affreuses chimères, mais aussi parce qu'aucune qualité intrinsèque ne semble être reconnu à l'animal, souvent désigné en version original par le mot "brute".

C'est à la moitié de l'ouvrage que l'on approche enfin la figure de Moreau, icône de la science sans conscience qui se livre à la démiurgie, de façon d'autant plus répugnante que son procédé reste limité aux connaissances du temps : mélange de chirurgie (plus spécifiquement de vivisection) et de "dressage". Bien entendu, cela ferait bondir de nos jours n'importe quel éthologue, mais ce côté obsolète renforce le côté fantstique en affaiblissant le réalisme scientifique.

Une dernière réflexion sur Prendick cette fois : ce narrateur me fait souvent l'effet d'un "non-personnage", dans le sens où sa personnalité ne semble présenter aucun relief particulier. Il ne possède pas d'âge, pas d'apparence, juste un très vague passé. C'est un narrateur auquel on s'identifie, mais auquel on peine à s'attacher, au bénéfice de l'intrigue, sans doute... 

Suite au prochain épisode !