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25/04/2011

Poe... ou prou

Le choix de mes lectures manque de véritable logique et se trouve le plus souvent dicté par ce que contient ma tablette tactile. C'est ainsi que je suis (re)tombée sur Ligeia, l'un des plus célèbres contes fantastiques d'Edgar Poe, daté de 1838. Cette nouvelle connaît une telle célébrité qu'il ne reste sans doute plus grand chose à dire d'original sur la question.

Ma première lecture des oeuvres de Poe remonte à l'adolescence : on m'avait remis les Histoires extraordinaires avec prudence, en m'avertissant qu'il s'agissait de la quintessence de l'horreur. Je me souviens ne pas avoir été jusqu'au bout... non par malaise, mais par lassitude. Il y avait quelque chose d'étrangement répétitif, de dramatiquement simpliste dans ces récits qui malgré toute l'ambiance que l'auteur parvenait à insuffler, me semblaient manquer quelque peu de chair sur les os, dès que les premières impressions commençaient à s'effacer.

200px-Ligeia-Clarke.jpgLa relecture de Ligeia m'a un peu confortée dans cette idée : certes, avec plus de recul, je me découvre plus de sensibilité pour les références littéraires (la dualité "scottienne" entre la brune cabbaliste rhénane Ligeia et la blonde jeune fille de bonne famille nommée... Rowena) et l'aspect lié au délire opiomane du narrateur me semble plus évident. Enfin, une lecture en version originale permet de prendre une meilleure mesure du style de l'auteur : en bref, de lire du Poe et pas du Baudelaire. 

Pour ma part (et je semble suivre en cela certains critiques "sérieux" de l'oeuvre), je ne peux m'empêcher de remettre en cause l'existence même de Ligeia. Son nom n'est-il pas celle d'une sirène grècque de l'antiquité... filles des muses ? Le narrateur a tout oublié du nom de famille de Ligeia et des circonstance de leur rencontre ; même son apparence à quelque chose qui, en quelque sorte, défie la carnalité. 

Muse illusoire dont la présence, puis l'absence et enfin l'étrange retour envahit toute la réalité du narrateur ? L'absence de réconfort, de conclusion marquée, de perénnité de l'image finale évoque une fois encore vers une plongée dans le délire. 

Le soucis, c'est que j'ai un peu l'impression qu'une partie des récits fantastiques de Poe répond à un schéma similaire, en équilibre précaire entre une réalité surnaturelle et un gouffre d'illusion et de folie. Il faudra que je tente de me familiariser avec ses écrits moins connus, en espérant pouvoir en trouver un qui m'offrira un regard réellement neuf.

A télécharger en format epub sur ePubBooks.

13/04/2011

J'ai fait le plein !

... de la liseuse. Je rencontre pas mal de difficultés avec ma nouvelle carte mémoire qui semble un peu défaillante, mais tant pis ! Peut-être la réinstallation du programme de lecture Aldiko et l'allègement du disque dur finira-t-il par résoudre les problèmes.

Je ne dis pas que je lirai tout ce qui figure sur ma carte, mais au moins je les aurai sous la main !

Je préviens : que du vieux, issus des innombrables étagères de Project Gutenberg.

J'ai enfin craqué... Depuis le temps que je vois un peu partout autour de moi et dans mes pérégrinations du web des admirateurs béats de sa prose, il fallait bien que Jane Austen entre dans mon programme ! J'ai donc téléchargé :

  • Pride and prejudice
  • Emma
  • Sense ans sensibility
  • Mansflied Park

Je suis tombée, un peu par hasard, sur les oeuvres de l'écrivain de "mystères" Frank L. Packard. Le titre des "Portes de la nuit" m'a interpelé...

  • The Adventures of Jimmie Dale
  • The Further Adventures of Jimmie Dale
  • Doors of the Night

 Histoire de revenir à mes vieilles amours, j'ai craqué pour trois James Oliver Curwood :

  • Alaska
  • Honor of the Big Snows
  • Philip Steele of the Royal Northwest mounted Police

(Quelle fille ne fantasme pas sur les "Mounties", mmm ?)

J'ai découvert un écrivain "de marine", Frederick Marryat ! Voilà de quoi me donner une belle inspiration pour le Premier Cercle...

  • The Phantom Ship
  • Pirate
  • The King's Own

En français, enfin, j'ai trouvé une petite curiosité d'Emile Agnel :

  • Curiosités judiciaires et historiques du moyen âge. Procès contre les animaux 

Et enfin, les récits d'aventures d'Alfred Assollant ! Je sens que je vais aimer !!

  • Aventures merveilleuses mais authentiques du capitaine Corcoran, première et deuxième partie

C'est tout pour aujourd'hui. Je reconnais ma boulimie, mais elle n'est due qu'à mon esprit curieux (ahem...)

23/03/2011

Infernaliana

Les Infernaliana de Charles Nodier (1780-1844) constituent un petit ouvrage si rapide à consommer que je n'aurai même pas pu faire un point en cours de lecture... c'est ballot !

Mais revenons à plus de dignité. Étrangement (ou peut-être pas compte-tenu de mon cursus), je connais surtout Nodier comme bibliothécaire de l'Arsenal et co-fondateur du Bulletin du bibliophile (cours d'histoire du livre et des bibliothèques oblige !). Auteur très prolifique, Académicien, il ne fait pourtant pas partie des "grands" retenus par l'intelligentsia intellectuelle et enseignante actuelle : il est donc difficile de retrouver trace de ses écrits.

Que sont les Infernaliana ? Exactement ce que l'auteur annonce :

"ANECDOTES, PETITS ROMANS, NOUVELLES ET CONTES SUR LES REVENANS, LES SPECTRES,
LES DÉMONS ET LES VAMPIRES" [sic].

Et c'est le produit annoncé. Quelque chose au croisement de l'ouvrage d'antiquités (au sens ancien du terme), des curiosités, de l'anthologie et du recueil de nouvelles... Certaines anecdotes sont réduites à leur minimum (comme il se doit), tandis que d'autres récits se déploient en véritable contes, certains sont même liés par une intrigue commune (dans tous les sens du terme) : des voyageurs échangent leurs expériences... pour finir par vivre ensemble une nuit effrayante.

Tout d'abord, ce qui frappe quand on débute la lecture, c'est l'avertissement de l'auteur, dans le style : "Bien sûr, tout ceci n'est que croyances et superstitions ridicules". Lointain ancêtre de ce que seront les "disclaimers" du futur : "Ancun vampire n'a été blessé etc.". je me demande confusément si ce monsieur fort sérieux vivait lui aussi dans un monde où l'imaginaire était mal vu... mais ma culture historique me dit plutôt que pour l'érudit, l'homme éclairé, la croyance est la superstition restent le domaine du rustre, mais le surnaturel garde toute sa fascination.

Cela dit, le fait que souvent, les récits soient narrés à la première personne (fictionnelle) sans présentation ni transition rend le propos troublant. Même si la dérision et l'analyse sociologique pointe une ou deux fois son nez. Il faut aussi noter que Nodier excelle dans l'art d'admettre ses sources sans les citer, ou alors de façon si brouillonne qu'on ne sait plus trop où l'on en est. Monsieur Nodier, de votre temps, la profession avait encore à apprendre semble-t-il ! ;)

Cependant, le tout est agréable et offre nombre de synopsis éventuels pour l'écrivain en mal d'inspiration. Et nous rappelle une nécessité absolue : n'allez nulle part sans un crucifix !

Télécharger l'ouvrage sur Project Gutenberg.

 

cavalier_de_l_apocalypse.png

Image :
Honoré Fragonard, Le Cavalier de l'Apocalypse,
collections de l'École vétérinaire de Maisons-Alfort

 

05/03/2011

The Island of Dr Moreau : réflexion générale

Quand j'ai tourné (façon de parler, compte-tenu du fait que je lis sur une tablette) les dernière pages, j'ai eu - il faut bien l'avouer - une certaine impression de "vide". Non que l'ouvrage soit creux, mais au final, il s'apparente plus à une fable, à un conte moral, qu'à toute autre chose. Le thème titille nos émotions, nos peurs profondes, mais le traitement quite rarement un registre académique, une tendance un peu lourde à la démonstration. Il faut certes se souvenir que cet ouvrage a été rédigé il y a plus d'un siècle, et que ces particularités sont typiques de l'époque, mais je dirais qu'en un sens, au delà du rationalisme typique du XIXe siècle, il présente un aspect désuet, très XVIIIe siècle, dans le traitement.

J'ai regretté de ne pas plus côtoyer la figure de Moreau, que nous ne rencontrons que que brièvement et superficiellement. D'un autre côté, ce côté lointain peut symboliser sa dérive loin de la société des hommes du fait de sa folie. Le narrateur sort rarement de son côté "personnage-prétexte", qui sert à la fois à témoigner et à introduire le déséquilibre d'où le désastre découlera. Un peu différent est le cas de Montgomery, l'assistant de Moreau. Personnage humain, faible, faillible, mais sans doute celui qui montre le plus d'humanité (même - et surtout dans ses faiblesses).

Certes, il est présenté comme un modèle d'avilissement de l'homme en raison de sa tendance à l'alcoolisme et de sa participation aux expériences répugnantes de Moreau, mais j'ai un peu tiqué quand le narrateur considère sa proximité avec certains des hommes-bêtes comme une forme de déchéance. Ce qui est révélateur d'ailleurs d'un propos confus, un peu caché derrière l'aspect "science sans conscience", qui mêle la critique du "civilisateur" et de la créature sauvage à la frontière de l'humanité, mais une frontière inconfortablement proche de la perception que les occidentaux de l'époque pouvaient avoir des populations dites "primitives". L'idée que cette tentative de civilisation forcée, imposée dans la douleur, a plongé ces créatures dans un avilissement pire que celui induit par leur condition animal d'origine n'est hélas que trop peu abordée. 

Autre sujet d'étonnement : un seul des hommes-bêtes semble porter un nom (M'Ling, le serviteur de Montgomery), alors qu'il paraîtrait logique que l'attribution d'une identité propre soit aussi important que la Loi imposée par Moreau sur le chemin de l'humanité. De ce fait, réduits à l'états de pauvres chimères, ils sont décrits par leur animalité (l'homme-singe, l'homme-paresseux, le sanglier-hyène, l'homme-léopard, l'homme-chien...) et non leur individualité. Jamais le point de vue d'une seule de ces créatures n'est vraiment exploré. 

Le constat final du narrateur, qui trouve dans l'humanité qu'il cotoie le reflet des hommes-bêtes, s'impose comme une évidence narrative.

Bref, une lecture intéressante, incontournable même, qui a le mérite de poser de bonnes questions, mais qui n'engage pour l'essentiel que la raison, pas l'émotion, même pas une émotion de type "humaniste", et que j'ai surtout trouvée bien plus ambigu qu'elle peut le paraître de prime abord. Etrangement, j'ai aussi brièvement songé que le film de 1996 n'était peut-être pas si mauvais, qu'il ne faisait qu'exacerber la folie en germe dans l'ouvrage. 

A un siècle ou presque d'intervalle, Startide Rising de David Brin, qui porte partiellement sur l'humanisation réussie d'espèces animales, serait un intéressant contrepoint. 

L'ouvrage peut être téléchargé en format epub sur le site EpubBooks, à cette adresse.

02/03/2011

The Island of Dr Moreau : au milieu de l'histoire

J'avais arrêté mes dernières réflexions juste avant que les choses ne s'excitent. Littéralement. Poussé à la panique par une supposition erronée (comme si la vérité n'était pas suffisamment sinistre), Prendick, le narrateur, prend la fuite et en vient à découvrir la société des hommes-bêtes. 

En plus d'un siècle, il y a sans doute de dizaines, des centaines de critiques qui ont analysé l'ouvrage dans tous les sens... Et n'étant pas une littéraire, ni une philosophe, je vais me garder de me lancer dans le déchiffrage d'une éventuelle parabole. J'en resterai donc au niveau de l'émotion, car c'est ce que les savants littérateurs ne traitent généralement que de façon superficielle.

Horreur, dégoût, répugnance et fascination, le tout baigné dans une ambiance hallucinée, surréaliste.

Bien entendu, ces pauvres créatures déformées, ignorantes, avilies par leurs instincts, parodies d'êtres humains jusque dans leur obéissance quasi-mystique aux règles instaurées par Moreau, reflètent la condition humaine : sommes-nous si différents quand on y réfléchit ? Néanmoins, encore une fois, je trouve que Wells ne leur a vraiment rien laissé. Aucune once de beauté ou de dignité... pas seulement parce que ce ne sont que d'affreuses chimères, mais aussi parce qu'aucune qualité intrinsèque ne semble être reconnu à l'animal, souvent désigné en version original par le mot "brute".

C'est à la moitié de l'ouvrage que l'on approche enfin la figure de Moreau, icône de la science sans conscience qui se livre à la démiurgie, de façon d'autant plus répugnante que son procédé reste limité aux connaissances du temps : mélange de chirurgie (plus spécifiquement de vivisection) et de "dressage". Bien entendu, cela ferait bondir de nos jours n'importe quel éthologue, mais ce côté obsolète renforce le côté fantstique en affaiblissant le réalisme scientifique.

Une dernière réflexion sur Prendick cette fois : ce narrateur me fait souvent l'effet d'un "non-personnage", dans le sens où sa personnalité ne semble présenter aucun relief particulier. Il ne possède pas d'âge, pas d'apparence, juste un très vague passé. C'est un narrateur auquel on s'identifie, mais auquel on peine à s'attacher, au bénéfice de l'intrigue, sans doute... 

Suite au prochain épisode !