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05/03/2011

The Island of Dr Moreau : réflexion générale

Quand j'ai tourné (façon de parler, compte-tenu du fait que je lis sur une tablette) les dernière pages, j'ai eu - il faut bien l'avouer - une certaine impression de "vide". Non que l'ouvrage soit creux, mais au final, il s'apparente plus à une fable, à un conte moral, qu'à toute autre chose. Le thème titille nos émotions, nos peurs profondes, mais le traitement quite rarement un registre académique, une tendance un peu lourde à la démonstration. Il faut certes se souvenir que cet ouvrage a été rédigé il y a plus d'un siècle, et que ces particularités sont typiques de l'époque, mais je dirais qu'en un sens, au delà du rationalisme typique du XIXe siècle, il présente un aspect désuet, très XVIIIe siècle, dans le traitement.

J'ai regretté de ne pas plus côtoyer la figure de Moreau, que nous ne rencontrons que que brièvement et superficiellement. D'un autre côté, ce côté lointain peut symboliser sa dérive loin de la société des hommes du fait de sa folie. Le narrateur sort rarement de son côté "personnage-prétexte", qui sert à la fois à témoigner et à introduire le déséquilibre d'où le désastre découlera. Un peu différent est le cas de Montgomery, l'assistant de Moreau. Personnage humain, faible, faillible, mais sans doute celui qui montre le plus d'humanité (même - et surtout dans ses faiblesses).

Certes, il est présenté comme un modèle d'avilissement de l'homme en raison de sa tendance à l'alcoolisme et de sa participation aux expériences répugnantes de Moreau, mais j'ai un peu tiqué quand le narrateur considère sa proximité avec certains des hommes-bêtes comme une forme de déchéance. Ce qui est révélateur d'ailleurs d'un propos confus, un peu caché derrière l'aspect "science sans conscience", qui mêle la critique du "civilisateur" et de la créature sauvage à la frontière de l'humanité, mais une frontière inconfortablement proche de la perception que les occidentaux de l'époque pouvaient avoir des populations dites "primitives". L'idée que cette tentative de civilisation forcée, imposée dans la douleur, a plongé ces créatures dans un avilissement pire que celui induit par leur condition animal d'origine n'est hélas que trop peu abordée. 

Autre sujet d'étonnement : un seul des hommes-bêtes semble porter un nom (M'Ling, le serviteur de Montgomery), alors qu'il paraîtrait logique que l'attribution d'une identité propre soit aussi important que la Loi imposée par Moreau sur le chemin de l'humanité. De ce fait, réduits à l'états de pauvres chimères, ils sont décrits par leur animalité (l'homme-singe, l'homme-paresseux, le sanglier-hyène, l'homme-léopard, l'homme-chien...) et non leur individualité. Jamais le point de vue d'une seule de ces créatures n'est vraiment exploré. 

Le constat final du narrateur, qui trouve dans l'humanité qu'il cotoie le reflet des hommes-bêtes, s'impose comme une évidence narrative.

Bref, une lecture intéressante, incontournable même, qui a le mérite de poser de bonnes questions, mais qui n'engage pour l'essentiel que la raison, pas l'émotion, même pas une émotion de type "humaniste", et que j'ai surtout trouvée bien plus ambigu qu'elle peut le paraître de prime abord. Etrangement, j'ai aussi brièvement songé que le film de 1996 n'était peut-être pas si mauvais, qu'il ne faisait qu'exacerber la folie en germe dans l'ouvrage. 

A un siècle ou presque d'intervalle, Startide Rising de David Brin, qui porte partiellement sur l'humanisation réussie d'espèces animales, serait un intéressant contrepoint. 

L'ouvrage peut être téléchargé en format epub sur le site EpubBooks, à cette adresse.

Commentaires

Je me souviens aussi que cette œuvre avait suscité pas mal de sentiments contradictoires lorsque je l'avais lu (bon ça remonte à bien des années pour moi), une certaine fascination pour la mise en scène de l'idée et une certaine lassitude d'avoir l'impression de ne faire qu'effleurer les intentions de monsieur Wells.

Un bon bouquin tout de même qui est devenu un classique à lire de cet auteur, et qui choque par ces référence à une éthique déshumanisée. J'en garde un bon souvenir !

Écrit par : Max | 11/03/2011

Dans le fond, moi aussi j'en garde un bon souvenir, mais après avoir laissé passer un peu de temps... en tout cas, ça ne peut laisser indifférent ! Il me semble que presque tous les récits d'expérimentation biologique ne font en fait que paraphraser Frankenstein ou l'Île du Docteur Moreau. Sauf les utopies positives à la Brin, qui ne sont pas inutiles non plus pour balancer un peu les choses...

En tout cas, merci d'avoir ouvert le bal pour les commentaires ! ^^

Écrit par : LaFeuilletoniste | 13/03/2011

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